L'usage du monde
L’une au moins de ses œuvres est universellement connue : le dessin de ces deux bizarres personnages tête-bêche chevauchant un pauvre âne résigné, sur la couverture de L'usage du monde de Bouvier [Payot, 2001], est probablement le plus célèbre de Thierry Vernet. Mais à part ce croquis à l’ironie ravageuse, l’œuvre du peintre genevois [1927-1993] est restée plus discrète - et l’artiste lui-même plus discret encore. Car dans l’insolite et formidable tandem Bouvier-Vernet qui, en 1953-1954, fila presque sans un sou de Genève à Kaboul en Topolino, c’est Bouvier qui a dominé, sa plume incomparable dans l’épopée comme dans la comédie le sacrant référence incontournable des écrivains voyageurs. Et Thierry Vernet, son compère et ami, en était lui aussi convaincu, à ses propres dépends, estimant dès les premières pages avoir pour sa part « le plus beau métier du monde ». C’est d’ailleurs la vente de ses aquarelles et tableaux en cours de route qui finança en bonne partie l’expédition… « Le cher Nick » - comme l’appelle Vernet avec une affectueuse ironie - en était bien conscient, et souligne volontiers dans L’usage du monde l’importance de son ami, dessinateur audacieux, infirmier-cuistot-garagiste sans faille, mais surtout auditoire permanent et bienveillant…
Extrait d'un commentaire de Joëlle Brack à propos de "Peindre, écrire, chemin faisant" de Thierry Vernet Ed. L' Age d'Homme


