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Exposition au Manoir de Cologny

Du mardi 24 mars au dimanche 5 avril 2009, 4 place du Manoir 1224 Cologny/Genève

 

«... donner l'impérissable nostalgie de la beauté du monde» (Th. Vernet 1962)

 

Cette exposition du Manoir de Cologny présente les œuvres de collections genevoises de Floristella Stephani et Thierry Vernet. C'est un moment particulier dont tous les participants ont eu conscience. L'enchaînement dans lequel il s'inscrit en fait, en quelque sorte, une apothéose. Les manifestations précédentes ont, dans cette perspective, offert de nouvelles clefs - si besoin était - pour apprécier ces créations.

Les héritiers regroupés au sein de l'Adop-FS.TV., et les amis deux êtres singuliers sont ici réunis. Il faut évidemment compter au nombre des amis proches les détenteurs de tableaux qui ont permis d'emplir les salles alors que leurs murs se dénudaient. On apprend à vivre en effet, avec un tableau - il est le témoin silencieux de nos vies, et nous l'en aimons d'autant mieux. Exposé, il devient autre, rétablissant un réseau d'affinités secrètes avec ses semblables, reconstituant une petite totalité.

Pour les membres de la famille Vernet-Stephani, cette recomposition qui donne corps aux absents aimés est une grande émotion, à la fois intime et partagée. Oui en effet, Floristella et Thierry sont là, à portée de regards, et cela est notamment dû à la qualité majeure de leurs œuvres, qui fait transparaître une atmosphère, un équilibre très spécial entre désirs intérieurs, visuels et affectifs et exigences formelles.

En ce sens, la peinture de Floristella apparaît toujours contenue, intériorisée, contemplative - le léger sourire des portraits de Thierry ou de Czapski, la rondeur du chat gris côtoient une falaise ensoleillée et des arbres à l'expansion bruissante. Il y a là une grâce de l'instant, des lignes superposées, des verts, des rouges et des gris profonds. Un monde paisible en apparence, aux traits lisses, protégé par la petite dimension des tableaux, une perception choisie dont on devine à peine le prix de souffrance.

Thierry Vernet est à l'aise au contraire dans des toiles plus amples et une liberté de composition et d'enchevêtrement. Sa peinture est marquée par une occurrence de la verticalité, forte jusqu'à être parfois violente, comme ces lampadaires ou ces ombres de bateaux, portée par des couleurs soutenues: indigo, pourpre, rose fort, rouge sang, vert «Emeraude ferries». Une peinture du jaillissement. Des contrastes déjà présents dans les dessins de L'usage du monde, capables pourtant de s'apaiser dans les eaux calmes du lac Majeur, et dans les œuvres tardives, beiges et claires, peintes durant sa maladie.

Dans cette belle bâtisse, ces œuvres ont trouvé leur place avec aisance. Près de 110 tableaux et dessins sont exposés, disposés par affinités de tonalités et de thèmes. Aux représentations d'intérieurs et de natures mortes, une salle intime; aux couleurs d'apparat un grand salon; près du ciel enfin, sinon du paradis, des paysages lumineux mis en beauté par l'arrière plan du lac, les cimes enneigées et les jardins... subtile concordance des palettes qui intègre cette peinture à la ville de Genève. L'œuvre parisienne y est peu représentée en effet, non plus que les portraits... Ce pourrait être le projet des années futures.

Le plus émouvant réside toutefois dans le dialogue entre les deux œuvres, créations complémentaires, parfois confondues, et pourtant distinctes - quarante ans de vie et de quête commune, profondément respectueuse de l'autre, et au service d'un même dessein:

A. Loupet-Galitzine

Images du vernissage : Manoir de Cologny  24 mars 2009